dimanche 6 décembre 2015

1147 - La laideur sur l'échafaud

Je vivais une existence brillante dans mon château, entouré de beauté, d’esthétisme, de rieuses créatures, de dentelles et de musique.

Un mauvais vent fit échouer à ma porte une éclopée, horrible boiteuse venue m’importuner en implorant ma générosité, cherchant mon feu et pire encore, convoitant mon coeur de sybarite ! 

Inutile de préciser aux gens de belle naissance qui connaissent mon allergie à la peste que je reçus cette mendiante de cinglante manière ! Avant de la chasser sous mes crachats en guise de baume aux soufflets que je venais de lui adresser et doucement réconfortée par les quolibets de mes favorites pour toute chanson d’adieu...

La lépreuse, hantée par sa flamme amoureuse à mon endroit revint bientôt s’agenouiller à mes pieds. Cette fois je décidai de châtier cette vaniteuse de la plus cruelle des façons. 

Insupporté par les prières grotesques de cette pouilleuse éprise d’un aigle inaccessible, sorte de grosse poule claudicante quêtant sottement chez cet hôte des sommets que je suis une tendresse indue, je feignis de succomber à ses charmes infects, bien résolu à piéger cet infâme oiseau se croyant l’égal des princes...

Ayant mis mon entourage dans la confidence de mes artifices, j’introduisis cet affreux volatile dans mes salons. 

S’imaginant enfin consolée de sa misère, restaurée dans ses droits, comblée dans ses attentes, des larmes de joie faisaient luire sa joue rougeaude mal fardée sous les lustres de cet asile choisi. De plus, grimée en courtisane, la gueuse supposait être devenue belle, séduisante, agréable à regarder, alors qu’en réalité le faste contre sa peau de paysanne la rendait encore plus ridicule, plus pitoyable, plus méprisable aux yeux de la belle et cynique espèce !

Je voulais que l’illusion de ses hauteurs soit complète afin que sa chute lui fût d’autant plus pénible, et donc encore plus drôle pour nous.

Pour que ce tableau comique fût parfait il manquait à l’invalide de quoi étinceler entre son menton de lourde coche et son buste de bovine avinée : une des mondaines lui prêta son collier de diamants et toute l’assemblée applaudit ! L’invitée ne percevait nullement l’ironie de cette acclamation générale... Puis je l’accusai d’avoir volé -ou du moins d’avoir voulu garder- la parure de bijoux ornant son col grossier, et tous me suivirent dans mon indignation. Et peu importe la démesure de la calomnie : les apparences étaient de toute façon contre ce laideron déguisé en précieuse et l’essentiel était que cette gredine ayant voulu conquérir les faveurs intimes d’un seigneur comme moi paye chèrement son forfait !

Bref, devant les gendarmes appelés de toute urgence sa parole de bohémienne ne fit pas le poids face aux ors et cris de ses dénonciateurs : elle fut condamnée à la décapitation.

Il se trouve que j’officiais en tant que bourreau, que là était mon affaire, ce qui explique d’ailleurs ma fortune, mon rang, mes privilèges, et j’eus vif plaisir à recevoir de la Justice bon salaire pour cette nouvelle oeuvre. 

Au moment où la tête de l’ignoble femelle chuta dans le panier sous les éclats de rires de ses “rivales” de fine extraction, je pus une dernière fois maudire la coupable à bon escient et tout à ma guise étant donné la grande peine que me causa cette décollation : ma belle chemise blanche toute neuve, en effet, fut tachée de trois gouttes de son sang.

VOIR LA VIDEO :

https://rutube.ru/video/79201e7afb1cfcea8992752951357ead/

http://www.dailymotion.com/video/x3h398x_la-laideur-sur-l-echafaud-par-raphael-zacharie-de-izarra_school

samedi 5 décembre 2015

1146 - Insensible, dur, plein de morgue

Posez la question-test au premier bipède commun que vous croiserez : “Êtes-vous une personne sensible ou insensible” ?

A coup sûr vous obtiendrez la réponse suivante sur un ton presque offensé tant cette idée lui semblera aller de soi : “Oh moi je suis quelqu’un de très sensible !” Voire : “Je suis à fleur de peau ! ” 

Ces clones humains se disent tous “sensibles”, c’est invariable. Ils associent même leurs pleurnicheries de castrés et de frileux à leur émotivité de caniches. La flamme, la virilité, la hauteur leur fait tellement peur qu’ils préfèrent se réfugier dans cette attitude tiède et molle rassurante, conforme aux critères instaurés par les émasculés, les féministes, les poltrons et autres professionnels du nivellement par le bas de la pensée ambiante. Si bien que tout ce qui est grand, fort, lumineux les scandalise.

Moi je suis haut, fracassant, éclatant. Ce qui effraye ces bêlants.

Tout ce qui tremble, pâlit, gémit a mon mépris. Je foudroie d’un seul regard ce qui est insipide, terne, petit. D’une gifle magistrale je pulvérise l’insignifiance. Par un rire retentissant j’ébranle toute statuette d’argile. J’écrase ce qui ne dépasse pas mon front, piétine ce qui rampe au ras de mes semelles, crache sur ce qui gît en bas.

Et fait résonner vers le ciel infini mon rire sonore et puissant.

Je suis insensible aux larmoiements des limaces humaines, insensible à leurs modes de “roseaux pansés”, insensible aux moeurs flasques de ces gastéropodes, éternels épilés... Ces mollassons sont si fragiles qu'ils versent leurs larmichettes à la moindre pluie s'abattant sur leur monde de mollusques... A force de chialer pour un "couic !", pour un "bong !", ils sont devenus d’intarissables baveux.

Moi je suis dur, je suis sans pitié, je suis plein de roc, je suis tout de feu, je suis un iceberg, je suis un volcan, je suis terrible, je suis un tonnerre, je suis un orage d’éclairs tranchants et d’acier trempé !

Je suis insensible, cinglant, plein de morgue.

Je ne suis pas rose, je ne suis pas tendre, je ne suis pas douillet, pas timide, pas efféminé, je suis un diamant blanc, sec, brillant, je suis un astre incendiaire, rouge, moqueur, je suis un lion à la gueule ouverte, à la crinière enflammée et au rugissement glaçant !